Ce pour quoi on optimise
🏫 Dans un cours de théâtre, il est fréquent que les professeurs cherchent à obtenir
- des performances intenses ou choquantes, pour que « quelque chose se passe » pour le public
- des exercices éprouvants ou exaltants pour que les acteurs se sentent « connectés », vulnérables, ouverts... de l'intérieur
- des scènes qui « marchent », et qu'on valide comme étant réussies, sans pour autant que l'acteur soit conscient du processus qui lui permettrait de reproduire ces résultats de manière autonome.
Chacun de ces cas de figure comporte de sérieux écueils.

Écueil 1 : vouloir à tout prix qu'un résultat se produise vite
Car à vouloir à tout prix qu'un résultat se produise vite,
- on invalide l'expérience de l'acteur telle qu'elle émerge
- on le conditionne à être pressé en permanence sur scène
- on sape son estime de soi en le poussant à manipuler son expérience à chaque instant
On finit donc par l'insécuriser, en plus de lui enseigner une technique contre-productive, même lorsqu'elle se veut « spontanée », car elle le coupe du contact et finit par le démobiliser puis l'insensibiliser complètement, en particulier sur scène.
On entraîne les acteurs à surjouer, et les directeurs de casting à rechercher parfois spécifiquement « des personnes qui n'ont jamais fait de théâtre ».
Écueil 2 : chercher uniquement des états de vulnérabilité ou d'ouverture
Car à chercher uniquement des états de vulnérabilité ou d'ouverture, sans vérifier auprès du public ce qui le rend attentif ou non,
- on se conditionne à une nouvelle forme de complaisance émotionnelle, d'un « état d'ouverture » particulier
- on risque de produire un travail lassant, répétitif, et limité en terme de gamme de comportements possibles pour nos personnages
- on se démobilise, on se crispe, et on s'insécurise
À vouloir être vulnérable en permanence, on se fatigue et s'enferme dans une forme figée et pas toujours saine.
On n'évalue son propre travail que par ce critère arbitraire et on se limite en terme de directions de jeu possibles.
Écueil 3 : récompenser à tout prix les « bonnes scènes » en cours
Car à vouloir à tout prix récompenser les « bonnes scènes » en cours, ou juger la qualité de la formation et de l'évolution de chacun par le « niveau » des performances,
- on prive le groupe d'une exploration libre, nécessairement parsemée des « échecs » qui accompagnent les expérimentations sans surcontrôle
- on finit par diriger les acteurs plutôt que de leur enseigner des protocoles clairs à chaque étape, puisque tout ce qui compte pour nous, c'est que le résultat soit « bon », et on se trompe de cadre
- on les prive alors complètement de leur autonomie à l'extérieur du cours, puisqu'on ne les entraîne jamais, de fait, à une mise en place par eux-mêmes dont on peut ensuite évaluer les résultats
À confondre les cadres d'entraînements et ceux de représentations ou tournages, on se prépare justement mal pour ceux-ci car on ne développe pas de réelle compétence professionnelle.
On se fixe aussi des objectifs inatteignables en comparant son travail dans un cours au « jeu » qu'on croit voir dans un film, qui n'est jamais qu'une illusion venant du montage de prises souvent nombreuses et de procédés techniques complexes et peu connus des acteurs.
Comme pour tout projet créatif, il ne faut pas comparer son arrière-boutique à la vitrine des autres.
Apprendre une technique
🤼 Apprendre une technique, c'est :
- comprendre ses objectifs et la fonction de ses exercices à chaque étape,
- expérimenter en classe et recevoir des retours précis sur ce qui a fonctionné ou non (si possible en vérifiant avec le public, à partir de l'intersubjectivité du groupe plutôt que de l'intervenant uniquement),
- être conscient de ses axes de travail personnels et pouvoir s'autoévaluer à chaque étape,
- établir un lien entre notre phénoménologie, « ce que ça fait » de pratiquer d'une manière ou d'une autre, et les retours du public sur « ce que ça leur a fait » à eux, formulés d'une manière qui soit digeste pour nous à ce moment donné,
- et d'autres choses que nous pourrons développer plus en détails sur notre canal Telegram.

